L’honorable défaite de l’équipe de France des écrivains

L’équipe de France des écrivains, fondée et animée par l’Association des écrivains sportifs, a disputé son deuxième match international face à l’équipe d’Allemagne des écrivains, le samedi 14 octobre 2017 au Stade du SG Sossenheim à Francfort. Malgré une sévère défaite qui ne reflète pas le déroulé de la rencontre (2-5), les Bleus de l’AES n’ont pas à rougir de leur prestation sur terrain adverse face à un nombreux public. Notamment parce que le plus beau but du match a été marqué par Brice Christen sur un magnifique coup franc dans la lucarne. Mais ce sont tous les joueurs de la sélection française qui peuvent être fiers de leur match face à une équipe allemande beaucoup plus jeune et plus expérimentée (plus de 50 rencontres internationales à son palmarès !). Jimmy Adjovi-Boco, leur entraîneur, et Claude Boli, leur capitaine, ne doutent d’ailleurs pas de l’avenir glorieux de leurs joueurs. 

Comme c’est désormais la tradition, la rencontre sportive a été accompagnée de deux rencontres littéraires franco-allemandes qui ont eu lieu au stand Kulturstadion de la Foire du livre de Francfort. Bernard Chambaz, Frédéric Gai, Yvan Gastaud et Olivier Pourriol ont représenté la sélection française. 

Le prochain rendez-vous de l’équipe de France des écrivains est fixé au samedi 20 janvier 2018 face à l’équipe des anciens pros du Havre AC. 

AES 2017 Site Allemagne-France Photo de l'Equipe de France

 

 Au second rang, de gauche à droite : Jimmy Adjovi-Boco, Benoît Heimermann, Sébastien Berlendis, Claude Boli, Rémy Fière, Patrick Batarilo, Emmanuel Proust, Brice Christen, Brieux Ferot, Julien Legalle. Au premier rang, de gauche à droite, Bertrand Guillot, Julien Blanc-Gras, Yvan Gastaud, Louis Dumoulin, Edmond Tourriol, Bernard Chambaz, Ollivier Pourriol, Frédéric Gai, Baptiste Fillon.

Une désagréable série mathématique 

Nous, joueurs de l’équipe de France des écrivains (c’est peut-être un peu pompeux, mais c’est quand même à peu près ça), nous partîmes douze de la gare de l’Est mais par un prompt renfort, nous nous vîmes dix-sept en arrivant à Francfort (qui rime mieux qu’« au port »). Bien entendu, nous jouâmes à onze, selon les règles. Mais nos adversaires et néanmoins amis allemands, qui nous reçurent (si, si…) comme des princes, nous obligèrent à abandonner le passé simple assez vite, dès que furent joués les hymnes et échangés les fanions dans le coquet stade de Sosssenheim, merveilleusement cosmopolite, sous une douce lumière d’été indien, vite prolongée par les feux des projecteurs. 

Donc, début de match assez difficile mais cages un bon moment inviolées. Suite du match beaucoup plus rude et début d’une désagréable série mathématique. 0-1, 0-2, 0-3. Mi-temps. 0-4 (but manifestement hors-jeu), 1-4, 1-5, 2-5 à la suite d’un magnifique coup franc de Brice Christen. Fin de match à l’avantage des joueurs au maillot bleu frappé du coq. C’est dire. Coup de sifflet final prématuré. Dirigeants et entraîneurs compréhensifs. Salutations internationales sincères. Douches chaudes.

Pour le reste, beaucoup de livres dans toutes les langues à la messe de la Foire de Francfort et du saumon au petit-déjeuner à l’hôtel Dormero. Bonne humeur au retour dans le TGV, volonté unanime de se projeter dans les prochaines rencontres et sentiment d’être une équipe d’avenir… 

Bernard CHAMBAZ

Ce maillot bleu dans lequel j’ai tant sué de plaisir

J’ai connu des retours en train gainés de triomphe, d’autres confits de désarroi. Dimanche soir, en descendant du TGV qui ramenait d’Allemagne une équipe de France défaite mais heureuse, j’eus la paradoxale impression certes d’avoir failli, mais avec cette grandeur propre à ceux que rien ne peut abattre.

Parce que, d’un doigt inimaginable, j’ai d’abord touché ce à quoi ressemble la vie d’un professionnel du ballon. Un bus aux couleurs de la Deutsche Fussball Bund, un planning de sous-secrétaire d’État, un repas officiel à base de fabrications charcutières locales, un hôtel GermanischeQualität, un équipement « comme les Bleus », des hymnes nationaux à foison ou presque. Jusqu’à cette fin de samedi douce et enfantine et une rencontre où les vaincus terminèrent avec le visage pourpre sans doute, quoique aussi rayonnant que celui de leurs vainqueurs.

Parce que le succès comme l’abandon ne tiennent souvent qu’à un fil. Et que ce fil-là, nous l’avons tenu avant de le lâcher sous les coups de boutoir de nos adversaires. Oh ! Juste quelques buts justifiés que quelques bières rotées avant le grand sommeil font si vite oublier.

Je sais, dieu merci, que, hormis les montants de droits d’auteur, les résultats chiffrés ne sont jamais capitaux pour les hommes de lettres. Alors, sciemment, j’ai décidé de sucrer le score de ma mémoire encore vive. Tandis que le reste de ce déplacement sera conservé à jamais. Au cœur d’un linceul tissé serré, dont la trame ultime sera ce maillot bleu dans lequel j’ai tant sué de plaisir.

Rémy FIÈRE