L’Association


Annonce de la création de l’association dans le journal «L’Auto» du 23 juillet 1931.

L’Association des Écrivains Sportifs, fondée le 17 Juillet 1931, confirmée le 19 novembre 1948, a pour objet de promouvoir le sport dans toute sa dimension culturelle et éducative à travers la littérature et toutes autres formes de médias. Elle s’attache à soutenir et à développer toutes les activités intellectuelles au sein du monde du sport. Elle s’efforce également de favoriser une solidarité entre les écrivains passionnés de sport.

L’Association décerne chaque année des Prix. Les ouvrages en compétition doivent être de langue française et édités dans l’année.
Outre les récompenses qu’elle attribue, l’Association participe à toutes les manifestations culturelles ou sportives répondant à sa vocation.
Elle organise des manifestations des réunions sportives ou culturelles qui rassemblent journalistes, artistes et écrivains.
Fidèle à sa vocation, l’Association s’interdit toute ingérence politique, philosophique ou religieuse. Tout en dépendant d’un département ministériel pour les subventions officielles de ses différents prix, elle garde son indépendance d’esprit et d’action sans dévier de son but : le perfectionnement humain à travers l’idéal sportif.


LE BUREAU ACTUEL

Président d’honneur : Benoît Heimermann

Président : Thomas Bauer

Secrétaire général : Jean-Max Mayer

Trésorier : Hubert Dubernay

Membres du bureau : Thomas Bauer, Claude Boli, Jean Durry , Baptiste Fillon, Patrick Fillion, Bruce Goldzstejn, Benoît Heimermann, Bernard Morlino, Guillaume Baret.


HISTORIQUE DES PRESIDENTS

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CENT ANS D’HISTOIRE

L’Association des Écrivains Sportifs (AES) n’est pas née de la dernière pluie. Officialisée sous ce nom le 17 juillet 1931, elle a, de fait, succédé au Plume-Palette-Club, lui-même créé en 1919. L’auteur de cette initiative revendiquait une barbe généreuse et un ventre rebondi. Mais il était, par ailleurs, débordant d’esprit et passionné de cyclisme.

Tristan Bernard fit beaucoup pour le mariage des contraires ou supposé tel. A ses yeux, le sport et la littérature n’avaient rien de contradictoire. Entre eux, existaient, au contraire, des passerelles que la petite société qu’il mis en place entendait lancer et favoriser. La guerre freina quelque peu son élan et ce n’est qu’en 1948 que l’AES fut déclarée au Journal officiel.

Jean Giraudoux écrivain confirmé et sprinter dilettante assura la première présidence. Un poste qu’occupèrent par la suite Paul Vialar, Marcel Berger, Bernard Destremeau et Monique Berlioux. Ensemble, ces hommes et femmes de bonne volonté perpétuèrent l’idée première en distinguant, en particulier, une kyrielle d’écrivains prestigieux (Frison-Roche, Gibeau, Nucéra, Lalanne, Tillinac, Fournel ou Echenoz).


TÉMOIGNAGES ET SOUVENIRS VÉCUS

PAR BERNARD VILLARD, ANCIEN VICE-PRÉSIDENT DE L’AES

Bernard Villard, Secrétaire général puis Vice-Président de l’Association des Ecrivains Sportifs pendant de très longues années, nous a quittés en 2012. Il nous a laissé un très beau témoignage de la vie de l’Association depuis sa création jusqu’en 2006.

Le souvenir est souvent doux, mais toujours riche. La mémoire des écrivains sportifs n’est pas une simple survie, c’est une des sources les plus fécondes où se puise l’avenir de l’Association des Écrivains Sportifs. Comme l’écrivait joliment Marguerite Yourcenar : « Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine » .
L’Association des Écrivains Sportifs, constituée le 17 juillet 1931, succédait au Plume Palette Club, créé en 1919. Confirmée le 19 novembre 1948, l’Association est déclarée au Journal officiel du 5 novembre 1948 (récépissé de déclaration n°12982) et a reçu l’agrément ministériel au mois d’avril 1952 (sous le n° 11781).
Pendant plus d’un demi-siècle, j’ai eu l’immense privilège de vivre l’ascension de l’Association des Écrivains sportifs. C’est une merveilleuse aventure que je vais essayer de vous conter. Elle va de Tristan Bernard (1931-1947) à Monique Berlioux (2002-2007), en passant par Marcel Berger (1947-1966), Paul Vialar (1966-1985), Bernard Destremau (1985-2002). Sans oublier tous ceux, connus et inconnus, qui ont œuvré à leurs côtés. Grâce à eux, la littérature sportive est devenue une réalité et elle a pris un rang de premier choix dans la littérature des XXe et XXIe siècle.

1919-2006
DU PLUME PALETTE CLUB À L’ASSOCIATION DES ÉCRIVAINS SPORTIFS

Il y a 87 ans, en 1919, quelques hommes jeunes (écrivains, peintres, musiciens) et épris d’art, se réunissaient le dimanche matin au Stade Duvigneau de Lanneau à Paris pour pratiquer l’athlétisme sous la houlette de Marcel Berger qui venait de créer un petit club, le Plume Palette Club, ancêtre de l’Association des Écrivains Sportifs. Miracle de la culture, des hommes aussi différents que José Germain, Jean Giraudoux, André Obey, Henri Muller, Igor Stravinsky, Maurice Genevoix, Denys Amiel, Jean Prévost, Paul Morand, Paul Vialar, Juan Goll, Dominique Braga, Alexandre Arnoux, Goerg, Tristan Bernard et bien d’autres se sont réunis par l’amour du sport.
Tristan Bernard, le premier Président de l’association, « le seul coureur cycliste n’ayant jamais gagné une course », était directeur de vélodrome. Il reconnaissait : « Quand je monte une côte, je mets toujours le grand braquet, parce que, dans ces conditions, la pédale de la bicyclette que je pousse à côté de moi vient moins souvent frapper le mollet ». Grand humoriste, apôtre de la boxe, son roman « Nicolas Bergère » est remarquable : « Je connais la femme d’un boxeur qui a envoyé une pelle sur la tête de son mari. Le boxeur n’était pas beau à voir, mais si vous aviez vu la pelle ! ».

Marcel Berger, qui lui succéda en 1947, était agrégé de lettres, romancier, dramaturge, critique et essayiste sous le pseudonyme de Criticus. Il a fondé l’Association des Écrivains Sportifs le 17 juillet 1931. Tristan Bernard se vit confier la présidence jusqu’en 1947. Marcel Berger fut recordman de France scolaire au lancement du disque et fit une belle carrière en rugby comme trois-quarts-aile. Son « Histoire des quinze hommes », son « Anthologie des textes sportifs de l’Antiquité grecque » (en collaboration avec Émile Moussat) et « Pourquoi je suis sportif » honorent la littérature sportive. Marcel Berger a donné au sport le meilleur de sa vie et de son talent. Atteint par une grave maladie, il se rééduqua par le sport. De 1947 à 1966, l’Association des Écrivains sportifs lui doit une très grande part de son activité et de sa réussite. Dans son livre « Les fêtes du corps », Pierre Charreton a rendu un bel hommage à Marcel Berger.

Paul Vialar, qui prit le relais à la tête de l’Association en 1966, était un brillant athlète. Également président de la Société des Gens de Lettres, l’auteur de « La Grande meute », de « La Rose de la mer » (Prix Fémina) et de « La Mort est un commencement », a sans doute réalisé l’une des œuvres les plus dignes d’intérêt de la littérature française. Paul Vialar était entouré d’une brillante équipe : Henry Aurenche, Pierre Béarn, Henri Chabrol, Géo Charles, Lucienne Delforge, Michel Droit, J.-A. Grégoire, Serge Groussard, René Héner, Robert Hervet, Claude Jamet, Fernand Lemoine, Henry de Madaillan, Émile Moussat, Jean Paulhac, Michel de Saint-Pierre, Bernard Villard.

En 1985, Bernard Destremau succéda à Paul Vialar. Membre de l’Institut, ancien ministre, ambassadeur, héros de la Seconde Guerre mondiale, Bernard Destremau, 53 fois international de tennis, classé six fois meilleur joueur de France, a enrichi la littérature d’un très bel ouvrage « Le Cinquième set ». Il a également publié trois importants essais sans rapport avec le sport : « Weygand » (Perrin), « Quai d’Orsay , derrière la façade » (Plon) et « De Lattre de Tassigny » (Flammarion). Il a été remarquable et courageux jusqu’à sa mort survenue le 6 juin 2002.
Aujourd’hui, c’est Monique Berlioux, la grande Dame du sport français qui préside notre association. De multiples fois championne de France de natation et internationale, la fille du grand entraîneur Suzanne Berlioux a aussi disputé avec bonheur Jeux Olympiques (1948) et championnats d’Europe. Ancien Directeur exécutif du Comité international olympique, Monique Berlioux exerce son rayonnement à l’échelle planétaire. Ayant présidé pendant de longues années la Fédération des Internationaux du sport français, on lui doit « Olympica », l’un des ouvrages le mieux documenté, le mieux écrit et le plus complet sur l’histoire des Jeux Olympiques. Avec son bureau, les vice-présidents, Denis Lalanne, Robert Parienté, Bernard Villard, le secrétaire général Jean-Paul Mazot, le trésorier Serge Laget et les autres membres Nicole Darrigrand, Jean Durry, Benoît Heimermann, Éric Lahmy et Alexis Philonenko, Monique Berlioux a continué, avec bonheur, l’œuvre de nos glorieux anciens Présidents.

ORIGINE ET DÉFINITION DE LA LITTÉRATURE SPORTIVE

La véritable littérature sportive est née en France. L’Association des Écrivains sportifs est le seul exemple au monde d’une phalange d’écrivains ayant écrit sur le sport et l’ayant pratiqué.
Le 15 février 1924, sous l’impulsion de Paul Souchon, Jacques May et Tristan Bernard, « Le Monde nouveau » publiait un numéro spécial de 250 pages consacré à la littérature sportive. Cette anthologie incomparable avait pour but de démontrer que les sports pouvaient rénover la littérature et « prouver aux hommes que le sport, leurs efforts, leurs compétitions, leurs sentiments, leur foi, avaient provoqué des expressions littéraires diverses ». Une admirable définition de la littérature sportive était proposée : « Nous appellerons littérature sportive l’introduction de l’idée athlétique dans le roman, le conte, la poésie… Il serait tout à fait surprenant que la réapparition de l’idée athlétique, après une éclipse de plusieurs siècles, après les changements apportés par les sports dans nos mœurs et dans l’âme de la jeunesse, n’ait pas aussitôt déterminé son expression littéraire ».
Les écrivains sportifs se reconnaissent un goût commun pour l’action et le mouvement. Les analyses, les abstractions, les contemplations, les méditations de romantique ou symbolique mémoire ne leur conviennent plus. Ce sont des gens pour lesquels le monde extérieur existe et qui procèdent par vision directe, intuition, émotion simple et spontanée. Leur esprit se meut dans la lumière comme la vie musculaire qu’ils décrivent. Clarté, rapidité, dynamisme, telles sont les qualités de leur composition et de leur style.

L’ATHLÉTISME, SPORT ROI DES ÉCRIVAINS SPORTIFS

La parole de l’homme s’est exprimée dès l’origine sous forme de poésie. Elle est dans nos gestes et guide notre vie active et psychique : un ballon qui rebondit que l’on capte pour le relancer, une foulée qui s’allonge sur la piste ou dans les bois. Son efficacité est faite de simplicité et de pureté qui entraînent le mariage heureux de la poésie et de la course. Le sportif qui garde au cœur de l’action cette joie de créer, de jouer et parfois de gagner, trouve la poésie dans sa vie. Quels merveilleux spectacles peuvent constituer tous les gestes purs et naturels de l’athlétisme : courir, sauter, lancer ! Quelle poésie du mouvement : l’adresse, la souplesse, la coordination sont générateurs de beauté. L’harmonie de ces mouvements complète celle des formes qui nous fait partager, avec les grands sculpteurs, cette religion du corps humain et cette spiritualisation de l’athlétisme qui font l’âge d’or de l’olympisme.

Au moment où il publiait « Les Olympiques », bréviaire de tous les adolescents, Henry de Montherlant pratiquait l’athlétisme. Il écrivait : « Il serait infiniment plus important pour le jeune Français de prendre conscience de ce qu’il y a de poésie dans l’ensemble d’un après-midi où il a joué au ballon que de s’évertuer à découvrir sous les ânonnements et les bavottements de l’autosuggestion collective et du grégarisme héréditaire la poésie qui se trouve ou qui ne se trouve pas dans tel vers de Racine. »
La poétique du sport est présente partout avec les sensations qu’il fait naître, les écrits et les échos qu’il suggère sous ses aspects lyriques et dramatiques.

DES LETTRES DE NOBLESSE

Après les Jeux olympiques de Paris en 1924, où Géo Charles remporta la médaille d’or de littérature sportive avec « Huitième olympiade » loin devant Henry de Montherlant, une véritable fièvre sportive s’empara du monde littéraire. À l’entrée de la Comédie des Champs-Élysées, où Louis Jouvet jouait « Siegfried », Jean Giraudoux lisait « L’Auto ». Les dames le regardaient sans pouvoir en croire leurs yeux. Après avoir été, grâce à lui, Suzanne, Juliette, Bella, Églantine, elles allaient devenir Alomène, Judith, Électre, car aucun poète ne savait mieux que lui chanter la femme. Déjà pour elles, il succédait à Proust, mais au lieu de la société raffinée peinte par l’homme de la madeleine, petit monde où tout ce qui relevait de la vie au grand air n’apparaissait que pour mémoire, l’athlétique nouveau venu, lisant ce journal sportif en habitué des vélodromes, les déconcertait, leur faisant l’effet d’une sorte de monstre.

Qu’eussent-elles pensé en lisant ses « Notes et Maximes, Le sport », publiées en 1928 chez Hachette ? Giraudoux n’y relatait ni ses souvenirs de rugbyman, ni ses émotions de coureur à pied, ni son record – le 400 m en ligne droite en 50 secondes qui constitua longtemps le record de France littéraire. Plaisamment, il évoquait certains retours détournés du lycée Lakanal au domicile paternel durant lesquels il luttait « une minute en redingote de lycéen contre les champions « à poil » du 1er arrondissement de Paris ». En se jouant, il lançait ses formules devenues célèbres : « Un miracle, c’est quand Dieu bat ses records », « Je connais un fonctionnaire qui n’irait jamais de Paris à Rouen autrement qu’en première classe, mais accepte d’y aller dans un corps de quatrième classe de sa naissance à sa mort ». Tous ces aphorismes stimulants sentent encore l’herbe foulée. De quoi réfléchir sur l’essentiel, à commencer par la corrélation de nos facultés intellectuelles et notre vitalité physique. Quel beau sujet de thèse de doctorat !

André Obey, ancien coureur de 400 m, à une époque où son temps de 52 secondes le classait dans les dix meilleurs Français, proclamait le plus précieux de la compétition et du record : « J’appelle ça vivre ». Cela nous a donné l’admirable « L’Orgue du stade ». De son côté, André Maurois disait « Mon apprentissage d’écrivain, je l’ai commencé sur les pistes ». Et François Mauriac, lui, déplorait ce manque : « Je regrette de n’avoir su donner à mon corps la place qu’il méritait dans ma vie ». Alexandre Arnoux, qui fut président de l’Association sportive du lycée de Chambéry, affirme : « Nous sommes un peuple trop intellectuel. Notre littérature même est trop livresque. Le sport devrait nous aider à nous débarrasser de cette hantise, nous permettre de regagner notre équilibre ». Quant à Roger Vercel écrit : « Le temps de l’éducation physique dérobera aux études. Elle le rendra en sang plus rouge qui irriguera les cerveaux en puissance d’attention ».

Raymond Boisset, agrégé de lettres, ancien vice-président de notre Association, fut l’un des plus beaux champions français, longtemps recordman de France du 400 m en 47 secondes 6/10e. Il restera le vivant exemple de l’idéal grec. Avec Raymond Boisset et les regrettés Jules Ladoumègue, Paul Martin, Marcel Hansenne, l’Association des Écrivains sportifs compte d’authentiques internationaux d’athlétisme : Jean-François Brisson, Gilbert Prouteau, Michel Jazy et Georges Damitio.
Henri Chabrol, incomparable avant-centre du football international, agrégé de lettres, romancier et poète, conseille : « Vous les jeunes qui jouez pour votre plaisir, et vous, surtout les universitaires qui avez assez d’esprit pour en donner sa part à la vie du corps. On le paie cher, croyez-le, de n’avoir pas fait de sport et plus encore d’avoir cessé trop tôt ».
Maurice Herzog, ancien Haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports, bienfaiteur de notre Association, premier de cordée des jeunes générations, a su définir le mot « sport » qui rend essentiellement une résonance morale et tend à un seul but : aider l’homme à se dominer, à se dépasser, à s’accomplir.

LA FÊTE ATHLÉTIQUE DE PRINTEMPS

En 1932, la première Fête athlétique de l’Association se déroula dans l’enceinte mythique du Racing Club de France. Une trentaine d’écrivains y participa, dont Jean Giraudoux, Tristan Bernard, Jean Fayard, Marcel Berger, Denis Amiel, Pierre Bost, Jean Prévost, André Obey, Maurice Maeterlinck, Rosny aîné, Georges Lecomte, Paul Morand, Henry de Montherlant, Jacques de Lacretelle. Tandis que Jean Giraudoux donnait le départ du 100 m remporté par Jean Prévost et que Denis Amiel lançait le poids, Marcel Berger sautait en longueur devant de brillants spectateurs, Paul Vialar et Tristan Bernard.
Aidé par Marcel Berger, Paul Vialar, Bernard Destremau mais également par Lucienne Delforge et Léon Bohain, j’organisais chaque année à Paris la Fête athlétique de printemps au Stade Lacretelle, à Jean-Bouin ou à l’Institut national des sports. Jean de Beaumont, président du Comité olympique français, ne manquait aucune de ces manifestations.
La réunion au Stade Lacretelle du 7 juin 1953 restera dans les mémoires. On notait parmi les engagés : Jean-Claude d’Ahetze, Violette d’André, Jean L’Anselme, Georges Arest, Jean Arnaud, Victor Behar, Marcel Berger, les docteurs Antoine et Étienne Bidon, Jean-François Brisson, Henri Chabrol, Jean-Marie Conty, Pierre Daninos, Lucienne Delforge, José Germain, Serge Groussard, Marcel Haedrich, Robert Hervet, Émile Lefranc, Fernand Lemoine, Hubert Le Porrier, Georges Linaire, le docteur Paul Martin, Thierry Maulnier, Gustave Milet, Pierre Naudin, Gilbert Prouteau, Jean Rousselot, Pierre Salva, André Sernin, Jean Silvain, votre serviteur ainsi que de nombreuses vedettes féminines des lettres et des arts. Des exploits furent réalisés. Personne n’a oublié le fameux 1 000 mètres remporté par Thierry Maulnier de l’Académie française devant Robert Hervet, Serge Groussard et Pierre Naudin.

Au cours de manifestations ultérieures, d’autres sports furent mis à l’honneur. La natation avec Monique Berlioux et son club, le Nautic. Le 23 juin 1960, à la piscine Molitor, une équipe d’crivains sportifs composée de Pierre Béarn, Alain Bouvette, Jean-François Brisson, Henri Chabrol, Jean-Marie Conty, Émile Danoen, Jacques Delindry, Philippe Derez, Gilbert Doukan, J.-A. Foex, Marcel Hansenne, Robert Hervet, Henry-Jacques Huet, Jean Paulhac et de moi-même participa au Gala placé sous le haut patronage de Maurice Herzog, Haut commissaire à la Jeunesse et aux Sports.
À cette époque, chaque année à Deauville, écrivains et artistes se disputaient la Coupe Koval de tennis. Y brillèrent particulièrement Michel de Saint-Pierre et Bernard Destremau.

Le tennis de table donnait lieu également à un tournoi annuel dont Jean-Louis Vigier sortait, à tous les coups, vainqueur.
Les Écrivains Sportifs avaient aussi l’habitude de disputer une compétition de volley-ball les opposant aux artistes et journalistes. En 1952, ils remportaient ce mini-championnat en battant les artistes. Dans l’équipe des Écrivains, on relevait les noms de Jean-Marie Conty, Émile Danoen, Jean Paulhac, Pierre Béarn, Jean-Louis Descaves, Paul Vialar, Georges Simenon et moi-même. Jean Couturier, trésorier de l’association au début de la présidence de Bernard Destremau, assurait le rôle d’arbitre.
Dans l’équipe des artistes, on reconnaissait Robert Hirsch, Jacques Charron, Michel Galabru, Jean-Pierre Roussillon, Jean Piat, Maurice Escande, Yves Vincent et François Perrier. Quant à l’équipe des journalistes, elle avait fière allure avec Marcel

Hansenne, Raymond Meyer, Pierre Courtois, Paul Dupont, Jacques Ferran, Raymond Marcillac et Robert Langlois.

LES PRIX DE L’ASSOCIATION DES ECRIVAINS SPORTIFS

L’un des points forts de la vie de l’Association a été et reste d’ailleurs la remise solennelle des Prix qu’elle décerne annuellement. Cette cérémonie sympathique se déroule traditionnellement à Paris dans les locaux du Ministère de la Jeunesse et des Sports, parrainage oblige : ainsi, Maurice Herzog officia rue de Châteaudun, Pierre Mazeaud à la Maison de la Radio, Guy Drut, rue Olivier de Serres, Jean-François Lamour, avenue de France. Mais il y eut quelques exceptions notables. Jean Tibéri, maire de Paris, ouvrit les portes de son Hôtel de ville en 1997 et 1998, de même que l’INSEP, dans le Bois de Vincennes.

Le 28 mars 1987 et le 8 mars 1988, deux brillantes réceptions se déroulèrent ainsi à l’Hôtel de Lassay sous la présidence de Jacques Chaban-Delmas. Cette même année, Antoine Blondin, sans doute le meilleur écrivain sportif de tous les temps, reçut de Roger Bambuck, Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, le Prix Pierre de Coubertin. Le 18 avril 1989, c’était autour de Laurent Fabius, Président de l’Assemblée nationale, de distinguer nos lauréats. Plus de 400 personnes se pressaient à ces somptueuses manifestations.
Le 25 avril 1991 puis le 4 novembre 1992, c’est le Sénat, avec Alain Poher et René Monory, qui nous faisaient l’honneur d’une réception toute aussi brillante au Palais du Luxembourg. Et en 1992, Micheline Ostermeyer, pianiste de grand talent et championne olympique, membre du Comité de notre Association, fut lauréate du Prix Pierre de Coubertin.

Exceptionnellement, la remise des prix fut délocalisée. C’est en proche banlieue parisienne, à Issy-les-Moulineaux, dans les salons de l’Hôtel de ville qu’André Santini, député-maire, ancien ministre, remettait à Jacques Goddet le Prix du Dirigeant sportif en 1989, au cours d’une brillante réception qui mettait à l’honneur le journal « L’Équipe ». Le Président Destremau renouvelait cette expérience quelques années plus tard : le 17 juin 1999 à Reims et l’année suivante, le 19 mai 2000, à Auxerre où l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Jean-Pierre Soisson, accueillait les Écrivains sportifs dans son fief bourguignon.

LE LANGAGE DU CORPS ET L’ART DU GESTE

L’un des plus grands du théâtre, le regretté Jean-Louis Barrault, humaniste de chair et de sang, s’est enthousiasmé pour le sport, le sportif et les écrivains sportifs. Le langage du corps était pour lui un art de vivre, un chant d’amour. Christian Montaignac, Grand Prix de littérature sportive en 1990 pour son livre « De la Belle aube au triste soir », avait recueilli les propos de Jean-Louis Barrault dans un livre remarquable « Face au sport » (Editions Albatros). Les collectionneurs et tous les écrivains sportifs seront émerveillés par l’excellence des sentiments profonds de Jean-Louis Barrault qui invite à rester à l’écoute de son corps, à aimer le sport et à le protéger.

« Être sportif, c’est être visiteur de soi-même. Cela permet de découvrir des contractions inutiles. Cette concentration, par exemple, qui précède le saut en hauteur est très émouvante. Elle montre ce très gros effort intellectuel qui permet de rassembler ses forces en une seule détente. Le sport, c’est également l’acquisition du second souffle. Réussissent ceux qui savent contrôler leur concentration, réfléchir, se relayer. C’est en cela que notre métier est si proche du sport. Si vous avez « Scapin » à jouer, c’est entre le 800 mètres et le 1 500 mètres. Vous partez sur un rythme de 200 mètres et vous devez tenir 800 mètres. « Hamlet », c’est un 5 000 mètres. Il y a des moments où il faut se reprendre pour pouvoir repartir. Michel Jazy m’a expliqué que, lors du 5 000 mètres des Jeux olympiques de Tokyo en 1964, il avait eu l’impression, à un moment, de courir sur place. Il n’a pas pu repartir. »

Jean-Louis Barrault nous fait partager sa fascination pour le corps : « On court avec son buste, c’est Ladoumègue qui m’avait appris ça. Le buste est soulevé par le roulement des coudes qui font une sorte de huit. C’est ce roulement qui agit sur le diaphragme, les côtes et entraîne la rotation des épaules. C’est ce mouvement huilé qui améliore la respiration. Or, notre métier est un sport où la respiration est essentielle. Cette connaissance du corps et cette recherche de la décontraction relèvent d’une école quotidienne. Nous sommes dédoublés. Il est bien connu que nous sommes hors du corps et en dedans, que tout ce que nous faisons, notre corps le voit et le vit. D’où ce phénomène de connivence qui nous permet d’être tous acteurs et spectateurs. Cela nous contraint à une vigilance. Il faut accorder les corrections soi-même. C’est en cela que la concentration dans la décontraction est en quelque sorte un coup double, un équilibre entre la subjectivité et l’objectivité. Par exemple, je sens une chaleur qui arrive sur l’avant-bras, je pense à ce déplacement, à ce bras, et vérifie que cette chaleur est bien arrivée. C’est ainsi que l’on peut parvenir à conduire son trac. Car le trac surgit brutalement, inexplicablement en apparence. À nous de le contrer. On dit d’un cheval qu’il « sue sa course » pendant qu’il tourne dans le pesage. Nous aussi, il nous arrive de suer notre course. D’où cette recherche, cette attirance pour l’athlétisme ».

Le langage du corps, un langage qui vaut bien celui des fleurs, c’est le cri de liberté de Jean-Louis Barrault : « Prenez-vous en main, ne négligez pas votre corps », cela tient à dire que vous le maîtrisez. Être bien dans sa peau, c’est être bien dans son être. Je suis naïf ? Peut-être. Mais de nos jours, naïveté et sincérité, c’est le summum de la contestation. J’aimerais que mon travail soit vu par des enfants, qu’on leur enseigne toutes les ressources qui sont en nous. L’art du geste est plus ancien même que le langage. Il est aussi ancien que l’amour, le plus ancien de tous les dieux ».

Que de beauté contenue dans l’arrivée d’un 800 mètres. Le déploiement dans la ligne droite. À Roland-Garros a été montée une pièce d’André Obey qui relatait le drame d’un 800 mètres. Il y avait Alain Cuny et Jean Marais. C’est à cette occasion justement que je fis connaissance avec Jules Ladoumègue. Il m’apprit qu’il fallait libérer les jambes pour ne pas se fatiguer. Jules Ladoumègue a obtenu, en 1956, le Grand prix de Littérature sportive pour son livre « Dans ma foulée » (Amiot-Dumont), puis a fait partie du Comité directeur de notre Association. Écoutons-le : « Le corps est un engin spatial avec une centrale magnétique. Si vous le regardez bien, vous remarquerez qu’il est fait d’un fouet, la colonne vertébrale, d’une machine à vent, la respiration, et d’une machine à percussion qui est le cœur. De la sorte, vous avez à votre disposition une formation digne des grands orchestres symphoniques. C’est une fantastique formation instrumentale. »

LE CORPS ET L’ÂME RÉCONCILIÉS

La littérature sportive se fait militante en réagissant contre la négligence des hommes à l’égard du corps. L’homme doit respecter l’homme d’abord en son propre corps. Le reste suit…
Ces merveilleux témoignages transfigurent l’Association des Écrivains Sportifs. L’accord heureux de la musique intérieure et de la musique d’action est réalisé. Le corps et l’âme sont enfin réconciliés, mariage idéal dans le divin. C’est le meilleur message que nous puissions diffuser pour en cueillir les graines et les fruits.
Un seul regret : nous n’avons cité que quelques-uns de ces merveilleux écrivains sportifs dont nous sommes fiers, à juste titre, car ce sont eux qui ont introduit la littérature sportive en France et dans le monde. Elle émerge historiquement des sources les plus anciennes de la culture, elle est héritage et patrimoine. Elle est mémoire et système de référence. C’est un passé que nous attestons, que nous déclarons nôtre et qui permet à l’Association des Écrivains Sportifs de situer son action présente et d’orienter des actions futures pendant tout le XXIe siècle.
La littérature à thème sportif inspirera encore longtemps des chefs-d’œuvre.

Bernard Villard


L’ASSOCIATION DES ÉCRIVAINS SPORTIFS AU FIL DES ANNÉES

PAR THOMAS BAUER

Tout comme le témoignage de Bernard Villard, ce texte de Thomas Bauer a été publié en avant-propos de « Anthologie de la Littérature Sportive », présentée par l’Association des Écrivains Sportifs et publié par les éditions Atlantica en 2006 :

 Thomas Bauer (2006) – Association des Écrivains Sportifs au fil des années